Interview Andreas Von kaenel : Des villes plus propres avec l’IA

Par admin
Publié le dimanche 08 novembre 2020 à 14:16 , mis à jour le lundi 30 novembre 2020
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Co-fondateur de la start-up Cortexia en Suisse, Andreas Von Kaenel s’est donné pour mission de rationaliser le nettoyage de nos villes grâce à l’Intelligence Artificielle. Nous l’avons rencontré pour savoir comment fonctionne sa solution à l’occasion de l’écriture du livre blanc Intelligence Artificielle et Protection de l’environnement.

Andréas Von Kaenel, Co-fondateur de la start-up Cortexia.

Avec Cortexia, vous proposez aux collectivités de mieux gérer la propreté des rues, de quelle manière pouvez-vous les aider ?

Nous sommes partis d’une idée de base : ce qui ne se mesure pas ne s’améliore pas. Nous essayons d’optimiser trois choses : la propreté, l’utilisation des ressources et l’impact sur l’environnement. Pour garantir un total niveau de propreté il faut avoir un outil de mesure. Aujourd’hui les villes sont nettoyées selon des plannings préétablis basés sur l’habitude mais pas forcément là où c’est vraiment sale. Avec Cortexia, nous pouvons fournir une cartographie en temps réel du niveau de propreté par secteur, comme cela la ville peut engager les moyens au bon endroit et au bon moment.

Comment est né Cortexia ?

L’Idée est venue de mon associé André Droux. Il avait une société de conseil pour aider les municipalités à gérer leur flotte de véhicules et souvent une question revenait : « Combien de balayeuses sont nécessaires pour garder une ville propre ? ». Il s’est rendu compte qu’il n’était pas capable de répondre à cette question parce qu’il n’y avait pas de moyen de mesurer le niveau de propreté d’une ville. D’ailleurs ce sont souvent les villes les plus sales qui dépensent le plus d’argents pour nettoyer, il y a donc un problème de méthode.

Techniquement comment fonctionne votre solution ?

Pour cartographie la propreté de la ville et savoir où sont les déchets, nous faisons de la reconnaissance d’images grâce à l’intelligence artificielle. On place des caméras sur les véhicules de la ville, sur les camions poubelles, des bus, des vélos, n’importe quels véhicules, et lorsqu’ils se déplacent, un ordinateur embarqué va détecter directement les différentes catégories de déchets. Avec l’intelligence artificielle, c’est comme si la caméra avait des lunettes qui nous permettaient de voir uniquement les déchets, on ne voit pas les personnes, ni les plaques des véhicules. On lui a appris à détecter tous les types de déchets, le plus petit étant le mégot de cigarette. On lui a montré des centaines et des centaines de mégots, avant qu’elle ne les reconnaisse sans se tromper. Aujourd’hui elle reconnaît 40 types d’objets différents, à partir de ça on calcule un index de propreté avec 13 catégories de déchets. C’est un index public qui permet de donner une note et garantir un niveau de propreté et une qualité de service.

L’idée est donc de rendre les villes plus attractives mais il y a surtout un véritable impact écologique ?

Il y a en fait une multitude d’avantages pour la ville et ses habitants. Effectivement si elle est propre, elle est plus attractive la qualité de vie étant meilleure. Cortexia leur permet aussi d’utiliser moins de ressources et donc de faire des économies. Et bien évidemment il y a un gros impact environnemental. Simplement le fait d’avoir des rues plus propres va permettre d’éviter que tous les petits déchets se retrouvent ensuite dans les égouts puis dans les cours d’eau ou dans la nature à cause d’un coup de vent. Moins de déchets dans les villes, veut dire moins de déchets polluants dans la nature. Nous avons d’ailleurs un projet avec la ville de Genève où nous avons mis des filtres dans les grilles d’égout. Ce dispositif va nous permettre de savoir, en fonction du niveau de propreté, combien de déchets vont être emportés par la pluie pour pouvoir ensuite quantifier l’efficacité du nettoyage et limiter le nombre de déchets dans l’environnement. Le deuxième impact se voit sur les ressources utilisées pour maintenir les rues propres, une grosse partie de ses ressources sont des balayeuses qui consomment de l’énergie et vont émettre du CO2. Dans une ville on a environ entre 20 et 50 véhicules de nettoiement pour 100000 habitants donc on sait que la consommation d’énergie et l’émission de CO2 sont importantes. Lorsqu’on arrive à engager les moyens là où c’est nécessaire on s’attend à des gains d’au moins 15 % de CO2. Enfin un autre impact, dont on ne parle pas assez, va se jouer sur l’utilisation de l’eau. Les villes ont des stratégies de nettoiement très différentes, certaines villes ont quasiment des stratégies sans eau comme la ville de Zurich, alors que d’autres ont recours à beaucoup d’eau. Je pense que l’eau aujourd’hui est vraiment une ressource rare, et si on arrive à limiter le nombre de déchets qui polluent les cours d’eau c’est déjà bien, mais si en plus on limite l’utilisation de l’eau à des fins de nettoiement, c’est encore mieux.

Pour vous l’IA est la solution du futur pour améliorer de façon significative la gestion des déchets en ville et les rendre plus écologiques ?

Oui il vaut mieux mesurer que nettoyer. Ce que vous investissez dans le contrôle de qualité, vous le récupérez largement dans l’économie de ressources.